Planche n°14 · Fiscal perso

L'EI à l'IR ou à l'IS, c'est pas compliqué. C'est juste mal expliqué.

PAR JÉRÉMY POUTOT · PUBLIÉ LE 17/08/2026 · VÉRIFIÉ LE 17/08/2026

L'EI à l'IR ou à l'IS

c'est pas compliqué, c'est juste mal expliqué
Légende

À l'IR, tout votre bénéfice est imposé au barème et soumis à cotisations, que vous le consommiez ou non. Avec l'option IS (assimilation à une EURL), vous ne payez cotisations et IR que sur ce que vous vous versez : le reste capitalise à 15-25 %.

EI À L'IRTOUT LE BÉNÉFICE → VOUSEI À L'ISVOUS CHOISISSEZ LE FLUXBÉNÉFICE 80 000 € :IMPOSÉ ET COTISÉ EN ENTIER,MÊME SI VOUS N'EN VIVEZ QU'À MOITIÉRÉMUNÉRATION 40 000 € : COTISÉELE RESTE : IS 15-25 %ET RÉINVESTISSABLELA BASCULE SE JOUE SUR UN CHIFFRE : CE QUE VOUS LAISSEZ DANS L'ENTREPRISE
En clair

À l'IR, gagner 80 000 € et n'en dépenser que 40 000 ne change rien : les 80 000 passent au barème et aux cotisations. À l'IS, les 40 000 non consommés restent dans l'entreprise à 15 ou 25 % d'impôt et financent la suite. Si votre bénéfice dépasse durablement votre train de vie, l'option IS travaille pour vous. Sinon, l'IR reste plus simple et souvent moins cher.

art. 1655 sexies CGIart. 151 octies CGI
PlancheN°14
ClusterFiscal perso
TitreL'EI à l'IR ou à l'IS
Vérifié le17/08/2026
Émis parArras Patrimoine

Comment fonctionne l'EI à l'IR, le régime par défaut ?

Votre bénéfice professionnel, BIC ou BNC, remonte directement dans votre déclaration de revenus et s'impose au barème progressif, dans la foulée des cotisations sociales TNS calculées sur ce même bénéfice. La logique est brutale de simplicité : l'entreprise et vous êtes fiscalement la même personne, donc tout ce qu'elle gagne, vous l'avez gagné, consommé ou pas. Tant que le bénéfice correspond peu ou prou à ce dont vous vivez, ce régime est imbattable : pas de comptabilité de société, pas de décision de rémunération, un seul niveau d'imposition. Les difficultés commencent quand l'activité gagne plus que vous ne dépensez.

Que change l'option pour l'IS ?

Depuis la réforme de 2022, tout entrepreneur individuel peut demander son assimilation à une EURL, ce qui emporte l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, article 1655 sexies du CGI. L'entreprise devient un contribuable distinct : elle paie l'IS sur son résultat, 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice sous conditions puis 25 %, et vous ne déclarez personnellement que ce que vous décidez de vous verser. Votre rémunération devient une charge déductible du résultat, vos cotisations TNS se calculent sur elle et non plus sur le bénéfice total, et le surplus non versé reste dans l'entreprise, faiblement imposé, disponible pour investir, embaucher ou constituer un matelas.

Où est le gain, chiffré simplement ?

Prenez 90 000 € de bénéfice pour un entrepreneur qui vit avec 45 000 €. À l'IR, les 90 000 subissent cotisations puis barème, une part montant dans les tranches à 30 et 41 %. À l'IS, les 45 000 de rémunération sont cotisés et imposés normalement, et les 45 000 restants supportent environ 11 000 € d'IS avant de rester au travail dans l'entreprise. L'écart annuel se compte en milliers d'euros, et surtout il se cumule : chaque année de capitalisation à l'IS construit un outil de travail ou une trésorerie que l'IR aurait consumés en impôt. Le calcul mérite d'être fait avec vos vrais chiffres, car les cotisations TNS, elles, financent aussi votre retraite : moins cotiser aujourd'hui, c'est aussi moins de droits demain.

Quels sont les revers de l'option ?

Quatre, et ils sont sérieux. L'option est révocable seulement pendant cinq ans ; passé ce délai, elle devient définitive. Les dividendes que vous vous verseriez au-delà de 10 % du bénéfice net subissent les cotisations sociales, la règle des gérants majoritaires ayant été étendue à l'EI à l'IS : le canal dividende y est donc peu attractif. Le formalisme monte d'un cran, avec une vraie comptabilité d'engagement et une liasse IS. Et la bascule elle-même peut cristalliser des plus-values sur les biens affectés à l'activité, à examiner avant de signer, les mécanismes de report existant mais ne s'improvisant pas.

EI à l'IS ou vraie société : pourquoi pas directement l'EURL ?

L'option IS transforme la fiscalité, pas la structure : vous restez une entreprise individuelle, sans capital, sans parts à céder, sans associé possible. Si votre trajectoire inclut un associé, une holding, une revente ou une transmission, l'EURL ou la SARL véritable, décrite dans la Planche n°12, offre le même régime fiscal avec en plus les outils du droit des sociétés. L'option IS sur EI est idéale comme étape intermédiaire : elle capte le gain fiscal immédiatement, à formalisme réduit, en laissant la porte ouverte à la société complète plus tard.

La règle de décision

Comparez deux chiffres sur vos trois dernières années : votre bénéfice moyen et votre consommation personnelle réelle. Si l'écart dépasse durablement 15 à 20 000 €, l'option IS mérite une étude sérieuse cette année, pas un jour. Si les deux chiffres se confondent, restez à l'IR et gardez votre énergie pour développer l'activité.

Le cas des débuts déficitaires : un argument massif pour l'IR

Une vertu de l'IR passe souvent inaperçue : les déficits professionnels des premières années s'imputent sur le revenu global de votre foyer, salaire du conjoint compris, et réduisent immédiatement l'impôt familial. Un lancement qui perd 20 000 € pendant que votre conjoint gagne 50 000 € efface une part substantielle de l'imposition du foyer, un oxygène précieux en phase d'investissement. À l'IS, le même déficit reste enfermé dans l'entreprise, reportable sur ses bénéfices futurs seulement. La règle pratique en découle : tant que l'activité perd ou gagne peu, l'IR travaille pour vous ; l'option IS se déclenche quand les bénéfices s'installent durablement au-dessus de vos besoins, pas avant.

CSG, quote-part et détails qui changent le calcul

Deux finesses méritent d'entrer dans la simulation. À l'IR, une fraction de la CSG est déductible du bénéfice imposable, ce qui adoucit légèrement le barème apparent. À l'IS, votre rémunération de dirigeant relève de l'article 62 du CGI, imposée comme un salaire après abattement de 10 %, un avantage que le bénéfice BIC-BNC n'offre pas. En sens inverse, la comptabilité d'engagement de l'IS impose de constater les créances non encaissées, quand le BNC encaissements-décaissements ne taxe que l'argent reçu : pour une activité aux règlements lents, la première année d'IS peut imposer du chiffre non encaissé. Aucun de ces détails ne renverse seul la décision ; ensemble, ils expliquent pourquoi la simulation se fait sur vos chiffres réels et non sur un tableau générique.

Comment se prend concrètement l'option, et comment on en revient

L'assimilation à une EURL se demande auprès de votre service des impôts, l'option IS prenant effet selon les délais de l'article 239 du CGI, en pratique avant la fin du troisième mois de l'exercice visé. Elle emporte immédiatement les obligations de l'IS : comptabilité d'engagement, liasse dédiée, décisions de rémunération formalisées. La renonciation reste possible pendant cinq exercices ; au-delà, l'option devient irrévocable, et une renonciation n'est pas neutre, elle peut cristalliser l'imposition des réserves accumulées. La discipline minimale consiste donc à poser la simulation avant d'opter, puis à réviser au troisième exercice : soit le gain est confirmé et l'on continue vers l'irrévocabilité en connaissance de cause, soit l'on ressort pendant que la porte est ouverte.

Retraite : ce que l'option IS change vraiment dans vingt ans

L'angle mort du débat IR-IS est presque toujours la retraite. À l'IR, vos cotisations se calculent sur tout le bénéfice : coûteux aujourd'hui, mais générateur de droits, notamment dans les régimes complémentaires par points des indépendants où chaque euro cotisé achète des points. À l'IS, l'assiette tombe à votre seule rémunération : un dirigeant qui se verse 40 000 € au lieu de subir 90 000 € de bénéfice cotise sur moins de la moitié, et ses droits suivent la même pente. Sur vingt ans, l'écart de pension se compte en centaines d'euros mensuels. La réponse n'est pas de renoncer à l'IS, c'est de recycler une partie de l'économie : un plan d'épargne retraite individuel alimenté par les milliers d'euros de cotisations économisées, déductible du revenu, reconstruit un capital retraite que vous contrôlez, souvent plus efficacement que les points du régime. Le calcul complet met donc quatre colonnes côte à côte : impôt, cotisations, droits acquis, épargne reconstituée. Un comparatif IR-IS qui s'arrête à la ligne impôt est un demi-calcul, et les demi-calculs font les regrets de fin de carrière.

La trajectoire type : cinq ans dans la vie d'une activité qui réussit

Regardons le film plutôt que la photo. Année un : lancement en entreprise individuelle à l'IR, régime réel, déficits éventuels imputés sur le revenu du foyer, TVA optée dès le départ comme le recommande la Planche n°13. Années deux et trois : les bénéfices s'installent, la consommation personnelle se stabilise en dessous, la simulation IR-IS bascule au vert, option pour l'assimilation à l'IS : la capitalisation commence, la rémunération se formalise selon la pyramide de la Planche n°18, les contrats Madelin se mettent en place. Année quatre : l'activité embauche ou cherche un local ; la question de la vraie société se pose, EURL par apport du fonds, la Planche n°12 décrit la marche, souvent avec maintien du régime fiscal déjà optimisé. Année cinq et suivantes : les excédents s'accumulent, l'étage holding de la Planche n°01 devient pertinent, la trésorerie se pilote en trois poches comme dans la Planche n°21. Chaque étape a son seuil de déclenchement chiffrable, aucune ne s'improvise, et le coût de passer une étape trop tard dépasse presque toujours celui de la franchir un an trop tôt. C'est cette trajectoire complète, pas une option isolée, que CAP dessine.

Questions fréquentes

À partir de quel bénéfice l'option IS devient-elle intéressante ?

Il n'y a pas de seuil magique, mais un repère : quand le bénéfice excède durablement vos besoins personnels de 15 à 20 000 € par an, la capitalisation à 15-25 % bat presque toujours le barème sur ce surplus. En dessous, la simplicité de l'IR conserve l'avantage.

L'option IS change-t-elle ma protection sociale ?

Vous restez TNS, mais l'assiette change : les cotisations se calculent sur la rémunération que vous vous versez, plus la fraction de dividendes au-delà de 10 %. Une rémunération trop basse valide mal retraite et prévoyance : le plancher de la Planche n°18 s'applique intégralement.

Puis-je cumuler option IS et régime micro ?

Non. L'option pour l'assimilation à une EURL emporte un régime réel d'imposition et une comptabilité d'engagement, incompatibles avec la micro. La question de l'IS se pose donc après, ou à la place, de la sortie du régime micro décrite dans la Planche n°17.

Votre fiscalité mérite un pilotage, pas une case cochée.

Du réglage annuel de la déclaration à la stratégie complète, commencez par le bon bout.

Découvrir Déclar' Ou faire le diagnostic

Le contenu de cette Planche est une information générale, pas un conseil personnalisé : vos chiffres changent les conclusions. Références vérifiées le 17/08/2026.